Les systèmes de santé européens font face à des défis sans précédent : une main-d’œuvre vieillissante, de graves pénuries de personnel et une dépendance croissante aux professionnels formés à l’étranger. Lors d’une récente discussion politique à laquelle MS Nurse PRO a participé dans le cadre des activités de plaidoyer, des experts de l’OMS-Europe, Zorgnet-Icuro (Flandre), EPSU (Union européenne de la fonction publique) et FIASO (Italie) ont partagé leurs points de vue sur la crise et proposé des solutions urgentes. Voici un résumé de leurs messages clés.
La main-d’œuvre européenne dans le secteur de la santé vieillit, est surchargée et dépend de plus en plus de professionnels formés à l’étranger. Selon le rapport 2022 de l’OMS Europe, « Health and Care Workforce in Europe – Time to Act », la densité de médecins a augmenté de 20 % au cours de la dernière décennie. Cependant, 58 % de cette croissance provient de médecins formés à l’étranger, et 67 % d’infirmiers formés à l’étranger. 72 % de l’afflux annuel d’infirmières a été formé en dehors de la région européenne, ce qui soulève des inquiétudes quant à la durabilité et à l’autosuffisance.
L’OMS-Europe agit avec des projets financés par l’UE sur la rétention et le recrutement des infirmières, ainsi qu’une toute première enquête sur la santé mentale et le bien-être du personnel de santé, lancée le 10 octobre. Les résultats ont montré qu’un infirmier et un médecin sur trois rencontre des difficultés de santé mentale, soulignant l’urgence de la situation.
Recommandations de politique : Pour renforcer la résilience, le Dr Azzopardi souligne la nécessité d’améliorer les stratégies de rétention — telles que de meilleurs salaires, de meilleures structures de carrière, un soutien en santé mentale et des incitations rurales. Elle plaide également pour investir dans la formation nationale afin de réduire la dépendance au recrutement international et renforcer la littératie numérique et en IA afin de garantir que la technologie soutienne les professionnels de santé, plutôt que de les charger.
Son message final était clair : la résilience du système de santé européen dépend non seulement des médicaments et des fournitures, mais aussi de la résilience de ses effectifs de santé.
La Flandre, comme une grande partie de l’Europe, est au bord d’une crise des soins aux personnes âgées. D’ici 2030, la population des 85 ans et plus augmentera fortement, et d’ici 2050, la Flandre seule comptera un demi-million de personnes de plus de 85 ans — dans une région de seulement 7,5 millions. À ce défi s’ajoute une diminution de la main-d’œuvre : pour 100 personnes quittant le marché du travail, seulement 80 nouveaux travailleurs rejoignent, aggravant les pénuries.
Cloet plaide pour un Plan directeur de l’UE impliquant toutes les parties prenantes — prestataires de soins, gouvernements, partenaires sociaux et groupes professionnels. Elle expose trois conditions préalables au succès :
Priorités concrètes : Cloet appelle à réduire les charges administratives, à soutenir le développement des compétences et la requalification, à protéger les travailleurs contre l’agression grâce à une politique de tolérance zéro, et à renforcer les programmes de mentorat pour réduire les sorties prématurées de la profession. Elle plaide également pour des modèles d’emploi partagé — où un contrat couvre plusieurs employeurs — et une reconnaissance plus rapide des qualifications étrangères.
Avec le soutien de Maria-Louise Cabral (DG Emploi) et de la prochaine Feuille de route européenne Quality Jobs, le message plus large de Cloet est : l’Europe doit fournir de l’espace, des fonds et un soutien à l’innovation, et non de nouvelles règles restrictives. Elle a également exprimé des préoccupations concernant les agents de santé dans les zones de conflit, comme Gaza, exhortant le Parlement européen à assumer ses responsabilités.
L’UE fait face à une crise sanitaire, avec une pénurie stupéfiante de 1,2 million de professionnels de santé — un écart qui ne cesse de creuser. Les conséquences sont graves : longues listes d’attente, hôpitaux surpeuplés et manque de préparation face à de futures crises. Les professionnels de santé subissent une pression immense, avec des répercussions qui s’étendent aux familles et même aux services d’urgence. Par exemple, les pompiers répondant aux appels en ambulance sont souvent retardés car les hôpitaux manquent de personnel pour recevoir les patients. Le bilan sur la santé mentale est tout aussi alarmant, avec des enfants de professionnels de santé parfois laissés sans surveillance lors de longs services — une réalité illustrée par des dessins issus de syndicats suédois.
L’EPSU et la Fédération européenne des infirmières proposent un plan d’action global au niveau de l’UE pour répondre à ces pénuries. Étant donné que 80 % des agents de santé sont des femmes, le plan doit être sensible au genre et inclure :
Goudriaan souligne un désaccord clé avec les employeurs : les syndicats s’opposent à l’assouplissement de la directive sur le temps de travail. Au contraire, ils appellent à un renforcement de la loi pour protéger l’équilibre vie professionnelle/vie privée et réduire les infractions aux heures supplémentaires. Il avertit également que la diminution des investissements dans la santé par l’UE sape la résilience et note l’augmentation de la violence de tiers contre le personnel, ce qui nécessite une attention urgente de l’UE.
Les défis de la main-d’œuvre dans la santé en Italie reflètent ceux de l’Europe mais sont particulièrement aigus. Le pays fait face à un déséquilibre sévère médecin-infirmière, avec seulement 6,2 infirmières pour 1 000 habitants — bien en dessous de la moyenne européenne de 8,4. Le ratio médecins/infirmières est de 1,5, parmi les plus bas d’Europe, et la main-d’œuvre vieillit rapidement : plus de la moitié des médecins ont 55 ans ou plus, avec 27 % de plus de 65 ans — la proportion la plus élevée en Europe.
Entre 2012 et 2017, le Service national de santé italien a perdu 26 000 employés, et de 2019 à 2022, 11 000 médecins supplémentaires ont quitté le système. Les pénuries sont particulièrement graves en anesthésie, en médecine d’urgence et en médecine générale.
Problèmes clés :
Solutions proposées : Le Dr Migliore défend des choix politiques qui soutiennent à la fois les jeunes et les travailleurs plus âgés, ainsi que des incitations au-delà du salaire, telles que le logement, le soutien familial et les prestations sociales. Il propose également de créer une plateforme nationale de mobilité pour aider les professionnels de santé à évoluer dans le système et d’améliorer l’attractivité des soins infirmiers et d’autres spécialités durement touchées.
Sur le plan juridique, l’Italie a déjà adopté une loi contre la violence contre les travailleurs de santé, qui inclut des dispositions sur les arrestations, ainsi qu’une loi sur le transfert de tâches visant à élargir les rôles des infirmières. Le Dr Migliore souligne également le potentiel de l’intelligence artificielle pour réduire les charges administratives et améliorer les soins aux patients. FIASO a mis en place un observatoire d’IA et la plateforme d’innovation « NextAge » pour explorer ces opportunités.
Sa conclusion : l’investissement dans la main-d’œuvre de santé n’est pas un coût, mais un multiplicateur de valeur sociale et économique. Une action urgente est nécessaire pour garantir des soins de santé universels, équitables et durables.
L’OMS-Europe appelle à une meilleure rétention, à la formation nationale et à une intégration intelligente de l’IA. Zorgnet-Icuro plaide pour un Plan directeur européen flexible et fondé sur la confiance, qui relie les soins de santé à des politiques sociales plus larges. L’EPSU exige des cadres contraignants concernant les ratios de personnel, les protections de la santé mentale et les salaires équitables. FIASO souligne la nécessité d’incitations, de protections juridiques et d’innovation pour rendre les carrières dans le secteur de la santé attractives et durables.
Dans ce contexte, la mission de MS Nurse PRO est de garantir que les infirmiers spécialisés ne soient pas seulement représentés, mais qu’ils façonnent activement les solutions dans les débats politiques. Nous mettons en avant les réalités de la pratique infirmière, en veillant à ce que les politiques reflètent les besoins des infirmières et de leurs patients.
Pour faire avancer cela, nous lançons deux initiatives clés :
Nous recueillons actuellement des témoignages pour renforcer nos messages. Nous recherchons des infirmiers soignant des personnes atteintes de SEP et des personnes atteintes de SEP qui seraient prêtes à partager leurs expériences sur la prise en charge et la réception de soins dans leur système de santé national. Nous vous encourageons à nous aider et à partager votre expérience en cliquant ci-dessous :
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